Mercure de France

  • Il faut deux jambes pour marcher, et pour bien saisir on se sert des deux mains. Cette évidence a été le point de départ de ce petit traité où les idées s'éclairent en s'opposant deux à deux. La femme sert de révélateur à l'homme, la lune nous dit ce qu'elle est en plein soleil, la cuiller manifeste sa douceur maternelle grâce à la fourchette, l'encolure du taureau est mise en évidence par la croupe du cheval, etc.L'autre principe de ce livre, c'est que la pensée fonctionne à l'aide de concepts-clé qui sont en nombre fini. C'est ce que les philosophes appellent des catégories. Aristote en comptait dix, Leibnitz six, Kant douze. Les définir et les analyser, c'est mettre à plat les pièces de la machine cérébrale.

    En élargissant la "table de catégories" à cent concepts, l'auteur a manifesté sa modestie spéculative et son souci d'embrasser la plus grande richesse concrète possible.

  • À travers leur apparente disparité, ces quatre-vingt-deux texticules ont pour source commune la curiosité de l'auteur et son ouverture sur le monde extérieur. La beauté des êtres et des choses, leur bizarrerie, leur drôlerie, leur saveur justifient et récompensent une chasse heureuse et insatiable. La démarche des quadrupèdes - amble ou diagonale ? -, la valeur fondamentale du genou, les secrets de la grève dévoilés par le jusant, les déambulations nocturnes des hérissons, la haine que les arbres se vouent les uns aux autres, et aussi ces personnages tutélaires, les Rois Mages, le Père Noël, saint Christophe, Saint Louis, et surtout ces hommes et ces femmes dévorés par les médias - Sacha Guitry, lady Diana, Michael Jackson -, et enfin ces amis qui sont maintenant de l'autre côté du fleuve, voici ce dont il est question dans ces pages.

  • Ce petit livre est né d'un exercice qu'on ne saurait trop recommander à ses amis, parce qu'il est à la fois plaisant et enrichissant. Il s'agit simplement de passer au crible les centaines de milliers de mots que nous offrent, dans le superbe désordre alphabétique, tous les dictionnaires français disponibles. On note ceux qui paraissent intéressants par quelque côté, leur étrangeté, leur drôlerie, leur beauté, la dérive aberrante de leur usage, etc.

    Ce livre peut être refait par chacun, et il sera à chaque fois différent. Mais toujours son auteur y gagnera quelque chose, car ce modeste exercice s'apparente d'une certaine façon à un examen de conscience. Le souci de connaître le "mot propre" et d'en user à bon escient est une forme de probité.

  • Publier un livre, nous dit Michel Tournier, c'est procéder à un lâcher de vampires. Car un livre est un oiseau sec, exsangue, avide de chaleur humaine, et, lorsqu'il s'envole, c'est à la recherche d'un lecteur, être de chair et de sang, sur lequel il pourra se poser afin de se gonfler de sa vie et de ses rêves. Ainsi le livre devient ce qu'il a vocation d'être : une oeuvre vivante.

    Une cinquantaine de livres sont donc venus se poser sur le lecteur Tournier, lequel, ayant une plume à la main, a essayé de décrire les fruits imaginaires que ces semences produisaient dans sa tête. Il en résulte une suite de brefs essais, qui vont de Charles Perrault à Jean-Paul Sartre et de Novalis à Günter Grass, où la joie d'écrire s'ajoute au bonheur de lire.

empty