• Verlaine

    Guy Goffette

    Guy Goffette fréquente Paul Verlaine de longue date... Cette anthologie personnelle, précédée d'un portrait intime et d'une courte biographie, porte la trace de ce précieux compagnonnage de poètes, d'autant plus sensible, juste et singulier qu'il ne se limite pas à leurs Ardennes respectives. Avancer dans les pas de l'un et découvrir l'autre, telle est la partition subtile de ce volume.
    « Verlaine est entré dans ma vie comme la foudre dans une maison fermée. Tout de suite, ça été pour moi une affaire de dentelles et de neige, de demi-jour et de frissons, en même temps qu'une histoire de cristal et de fracas, de baisers fous et de larmes. » Guy Goffette
    Guy Goffette est poète.

  • Entre la beauté que vous, Pierre Bonnard, m'avez jetée dans les bras, sans le savoir, et celle que vous avez aimée au long de quarante-neuf années, il y a un monde, ou ce n'est pas de la peinture.
    Il y a un monde et c'est l'aventure du regard, avec ses ombres, ses lumières, ses accidents et ses bonheurs. Un monde en apparence ouvert et pourtant fermé comme une vie d'homme. Les clés pour y pénétrer ne sont pas dans les livres, pas dans la nature, mais très loin derrière nos yeux, dans ce jardin où l'enfance s'est un jour assise, le coeur battant, pour attendre la mer.
    C'est là qu'il faut aller.
    C'est là que Marthe m'a rejoint dans le musée à colonnade et m'a sauvé de la solitude et de l'ennui où je mourais.

  • Pain perdu

    Guy Goffette

    L'or du forsythia
    Il faudra bien revenir un jour
    quand la force de nos bras
    aura chu dans les seaux
    quand nos jambes seront de laine
    et le sol plus mouvant que les eaux
    quand l'oreille bourdonnera
    comme un nid de frelons
    frappé par l'orage et que l'oeil
    cherchera l'aube en plein midi
    il faudra revenir ici calmement
    et s'asseoir au milieu de soi
    pour voir le monde alentour
    comme l'or du forsythia

  • "Parce que, tout de même, un homme, c'est bien autre chose que le petit tas de secrets qu'on a cent fois dit. Bien autre chose, en deçà et au-delà de l'histoire qui le concerne, comme un pays sans frontière, et l'horizon ne tient la longe qu'aux yeux.
    C'est un pays rêvé quand on ne rêvait pas encore, et c'est le rêve d'un pays qui vous mène quand tout dort, quand on est soi-même endormi. Au réveil, ça vous colle à la peau. Ça vous remplit et ça vous vide tout à tour. La plénitude et le manque, systole, diastole, flux, reflux, qui font aller l'homme comme la mer, d'un bord à l'autre de lui-même.
    Parce qu'un poète, c'est toujours un pays qui marche, dressé comme une forêt, et traînant dans sa langue une terre d'exil, un paradis d'échos."
    Guy Goffette.

  • "Mais regardant cet homme au milieu des rires et des chansons, comme un chêne dans son feuillage ; ce danseur crucifié à côté de la piste, ce père que j'ai craint comme l'orage et que j'ai fui pour ne pas avoir à le détester, je me dis qu'il y a pire douleur que tous les arbres de la forêt abattus, tous les massacres en images, c'est de voir un homme en silence qui pleure."

    Simon, le narrateur d'Un été autour du cou, devenu adulte, recompose le passé de son père et l'histoire de ce qui les a si longtemps séparés. Devant le cercueil de cet homme qu'il n'a pas vu mourir, Simon se souvient d'un père rude, exigeant, incapable d'exprimer son affection, dont il aura attendu en vain un geste, un mot capable de lui donner confiance. Comment retrouver la tendresse de l'amour qu'on croyait perdu ?

  • "Ce qu'il aura fallu de temps pour que je me convertisse à Verlaine, combien d'errances, d'errements, de ciels perdus, de pluies, de larmes avant que le vieil Ardennais d'exil me rende à ma terre d'enfance avec le fil du coeur et le sens de ma route, je n'en reviens toujours pas."

  • "Le couvreur prit Simon par les épaules et, s'agenouillant, le regarda bien en face Dis-moi, petit, c'est elle ? Qu'est-ce qu'elle t'a fait, qu'est-ce qu'elle a fait pour te mettre dans cet état-là ? Bon sang, réponds-moi, gamin. Simon se dégagea, essuya ses larmes du plat de la main et, droit dans les yeux, lui rendit son regard. Sans ciller.
    Le couvreur secouait la tête de gauche à droite en répétant Bon Dieu, c'est pas vrai que ça l'a repris, c'est pas vrai."

  • "Lingère, légère.
    On a vite fait de glisser de l'un à l'autre.
    C'est ce qui reste d'une enfance passée entre dentelle et frisson, et qui flotte dans l'air longtemps après que les grands secrets ne sont plus."
    Guy Goffette

  • "Ce que je voulais toujours avec toi, c'est partir /
    et que la terre recommence

    sous un autre jour, avec une herbe encore nubile, /
    un soleil qui n'appuie pas trop

    sur le coeur et puis du bleu tout autour comme /
    un chagrin qui se serait lavé

    les yeux dans un reste d'enfance, et que le temps /
    s'arrête comme quand tout

    allait de soi, tout, quand partir n'était encore /
    qu'une autre façon de rester

    comme l'eau dans la rivière, les mots dans le poème /
    et moi, toujours en partance

    entre l'encre et les étoiles, à rebrousser sans fin /
    le chemin de tes larmes."

  • Que Mariana Alcoforado soit ou non l'auteur des célèbres Lettres de la religieuse portugaise parues en 1669 importe finalement bien peu au regard de l'extraordinaire figure de femme qui s'en dégage, dont quelques trois siècles d'ombres et de lumières n'ont pas terni l'éclat. Pas plus qu'ils n'ont affaibli la ferveur des cris, des suppliques, des mots d'amour de la dame, ni changé d'un iota le cours vertigineux de la passion. Passion tout humaine et trahie qui trouve dans ces cinq admirables lettres sa plus haute expression - et tous les mouvements contraires de l'âme y sont à jamais réunis.
    Il a suffi à un homme d'aujourd'hui de lire ces lettres dans une certaine solitude pour tomber amoureux de ce visage de femme et pour épouser, à travers lui, les transports et les douleurs de l'inconnue.
    Ni glose, ni paraphrase, cette lecture amoureuse est un chemin de croix. Les genoux écorchés de l'auteur prouvent qu'il est allé jusqu'au bout de la compassion. Il n'y a pas d'autres reliques.
    Guy Goffette.

  • «Il est bon parfois de chercher midi à quatorze heures, une aiguille dans une meule de foin ou de prier saint Antoine de Padoue qu'il retrouve la paire de lunettes posée sur notre nez. Le temps à ce jeu prend une autre mesure, plus proche de l'éternité. De même en est-il de ce lieu ignoré des géographes, des politiques et des financiers, que la langue dans sa ruée déroule pour le bonheur de Laure et la confusion des puissants. Car nous le savons tous : quand la langue fourche, c'est qu'il y a du foin.»
    Guy Goffette.

  • 'Au départ, il y a ces bonheurs de lecture qu'on ne peut garder pour soi seul. Un enthousiasme si grand qu'il passe tout de suite dans le stylo et enflamme les notes, articles, chroniques, préfaces qu'on écrit sur des livres, des auteurs connus ou non qui vous ont fait respirer autrement.
    Confiés au fil des jours à des revues plus ou moins spécialisées, des journaux, des livres ou faisant cavalier seul, ces textes disparaissent à l'arrivée au fond d'une bibliothèque, d'un débarras, d'une cave. Empoussiérés, perdus et c'est misère.
    Jusqu'au jour où le coeur, qui n'a pas perdu de son allant, se souvient et décide de réunir les meilleurs à la bonne franquette, c'est-à-dire, au mépris de toute hiérarchie, dans une petite voiture - ce volume - pour une promenade au grand air. Avec l'espoir de redonner à chacun ses couleurs, sa vitalité et, si possible, quelques lecteurs de plus.'
    Guy Goffette.

  • « Je ne sais pas ce qui m'a pris. Je passais depuis quinze jours des vacances de rêve dans un petit paradis au bord de la Méditerranée, à me prélasser à l'ombre des canisses avec un bon gros bouquin, quand une idée m'a traversé l'esprit et m'a fait frissonner : remonter toutes affaires cessantes vers le Nord. »

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