La découverte

  • Dominer le monde, exploiter ses ressources, en planifier le cours... Le projet culturel de notre modernité semble parvenu à son point d'aboutissement : la science, la technique, l'économie, l'organisation sociale et politique ont rendu les êtres et les choses disponibles de manière permanente et illimitée.
    Mais alors que toutes les expériences et les richesses potentielles de l'existence gisent à notre portée, elles se dérobent soudain à nous. Le monde se referme mystérieusement ; il devient illisible et muet. Le désastre écologique montre que la conquête de notre environnement façonne un milieu hostile. Le surgissement de crises erratiques révèle l'inanité d'une volonté de contrôle débouchant sur un chaos généralisé. Et, à mesure que les promesses d'épanouissement se muent en injonctions de réussite et nos désirs en cycles infinis de frustrations, la maîtrise de nos propres vies nous échappe.
    S'il en est ainsi, suggère Hartmut Rosa, c'est que le fait de disposer à notre guise de la nature, des personnes et de la beauté qui nous entourent nous prive de toute résonance avec elles. Telle est la contradiction fondamentale dans laquelle nous nous débattons. Pour la résoudre, cet essai ne nous engage pas à nous réfugier dans une posture contemplative, mais à réinventer notre relation au monde.

  • Au début du XX e siècle, l'analyse de la logique inhérente aux grandes puissances, au capitalisme occidental et aux phénomènes de communautisation, nourrit abondamment les travaux de Max Weber sur la notion de communauté. Présentés pour la première fois en français dans une traduction intégrale, ces textes n'ont rien perdu de leur acuité ni de leur à propos.
    Vers 1910, Max Weber rédige dix textes qui font voler en éclats la conception alors dominante de la communauté, aujourd'hui encore ardemment controversée. Un siècle plus tard, la présente traduction de ces écrits (pour partie inédits en français) s'appuie sur le volume des
    Communautés de l'édition critique allemande, qui, depuis 1984, réorganise et éclaire l'ensemble de l'oeuvre protéiforme de Weber.
    Loin de toute essentialisation de la communauté, de tout déterminisme mécanique, les analyses qui se déploient ici s'appuient sur la démarche sociologique que Weber est en train de fonder, pour interroger ce qui est en jeu dans les processus de " communautisation ". C'est la complexité des synergies communautaires, la pluralité et l'intrication de facteurs économiques, historiques, religieux, militaires, juridiques ou culturels qui apparaissent ici en pleine lumière. Une objectivité scientifique, un savoir historique et ethnologique d'une ampleur exceptionnelle viennent ainsi s'opposer à des " visions du monde " souvent irrationnelles, portant, entre autres, sur l'origine de la famille, les peuples " primitifs ", les races, les castes, les clans, les classes, la nation ou l'État.
    La publication de ces textes sous forme d'un volume distinct permet de les inscrire dans une histoire des notions de communauté, d'identité et de commun, et ainsi d'éclairer certains enjeux fondamentaux du vocabulaire politique de notre époque.

  • Outil de décryptage des discours fascistes aussi bien que manuel de résistance, ce livre semble forgé à la flamme des luttes les plus récentes. Longue enquête sur les agitateurs fascistes, menée dans les États-Unis des années 1940, il s'inscrit dans le cadre des recherches sur la personnalité autoritaire imaginées par les membres exilés de l'École de Francfort.
    " Ces étrangers, ennemis de l'Amérique, sont à l'image de ces parasites qui déposent leurs oeufs dans le cocon d'un papillon et en dévorent les larves. " C'est ce genre de propos d'une rare violence, disséminés dans des journaux, pamphlets ou discours, qu'examine Les Prophètes du mensonge, en décryptant les techniques de persuasion et les motifs psychologiques de l'agitation fasciste des années 1940 aux États-Unis.
    Au-delà du contexte américain de cette époque, par une méthode novatrice empreinte de psychanalyse, les auteurs dégagent les thèmes récurrents, schèmes argumentatifs et procédés rhétoriques de cette démagogie pour en révéler le sens implicite et, surtout, la signification politique. L'ouvrage montre comment le malaise social engendré par les sociétés capitalistes modernes est ainsi exploité pour enflammer les esprits, détourner les émotions vers des " ennemis " - l'Autre, le Juif, les Rouges -, cibles faciles d'un discours de haine. L'agitation politique tranche ainsi avec l'activisme progressiste qui, lui, vise à changer effectivement les structures sociales et politiques à l'origine du malaise.
    Diagnostic cru sur le devenir de la démocratie, Les Prophètes du mensonge démonte les procédés qui étouffent les capacités de jugement et la pensée réflexive. Un manuel de résistance intellectuelle et politique contre la séduction des discours fascistes, d'une brûlante actualité.

  • Un essai dense et percutant, qui entreprend de réintroduire la question sociale dans le champ de la philosophie, d'où elmle avait disparu depuis 25 ans et, par là, de réhabiliter sa fonction authentiquement critique.
    Peut-on penser le monde social du point de vue de l'intérêt des dominés ? Comment penser l'articulation entre la philosophie et les luttes et résistances de ceux qui sont tenus pour socialement négligeables, mineurs et subalternes ? La philosophie peut-elle contribuer à l'émergence de ces luttes et à la formation de ces résistances ? Comment relancer philosophiquement une interrogation substantielle sur les conditions d'une vie sociale accomplie ?
    Toutes ces questions ont été pratiquement interdites de séjour depuis plus de vingt ans dans le champ de la philosophie. En effet, à partir du début des années 1980, on a assisté à un " retour de la philosophie politique ", de ses concepts classiques (la loi, la souveraineté, le droit) et ses dualismes typiques (la société et l'État, les individus et la société, l'économique et le politique). Avec pour résultat une une dépolitisation profonde de la réflexion philosophique qui a accompagné, sinon justifié, les politiques de démantèlement de l'État social issu de l'après-guerre.
    Dans ce livre dense et percutant, Franck Fischbach entreprend de réintroduire la question sociale dans le champ de la philosophie, et par là de réhabiliter sa fonction critique. Il restitue dans sa diversité une tradition de pensée, la philosophie sociale, apparue en Europe au tournant des XVIIIe et XIXe siècles.
    Il montre aussi et surtout que cette tradition n'a jamais été aussi vivante et aussi nécessaire, en dépit des tentatives pour l'occulter : la conjonction des apports d'une sociologie critique de la domination et du renouvellement d'une théorie critique de la société autorise aujourd'hui la relance d'une philosophie sociale qui porte et légitime les raisons de ceux qui ont intérêt à la transformation sociale.

  • Dans quel monde vivons-nous ? Quelles sont les forces qui le dominent et le caractérisent ? Et dans quelle(s) impasses(s) nous poussent-elles ? Ces questions sont à la base de toute réflexion politique, à plus forte raison en un temps de bouleversements permanents. Si l´on ne veut pas faire le jeu d´évolutions que l´on récuse, il est en effet indispensable de comprendre ce présent qui nous est fait, et nous a fait tels que nous sommes.

    C´est à ce projet de diagnostic du monde moderne que cet essai cherche à contribuer en s´appuyant sur ceux que l´on présente en général comme les « pères fondateurs » de la sociologie allemande : Ferdinand Tönnies (1855-1936), Georg Simmel (1858-1918) et Max Weber (1864-1920). Tous trois cherchaient à cerner les problèmes du monde tout nouveau qui naissait à leur époque, et ils ont identifié avec une lucidité exemplaire les tendances structurelles de la modernité capitaliste, raison pour laquelle leurs analyses n´ont rien perdu en actualité. Ils ont notamment produit l´analyse des tenants et aboutissants du processus de « rationalisation » qui régit notre époque, en y produisant tant de souffrance.

    Mais, l´intérêt exceptionnel de leurs idées tient aussi à ce qu´ils ont élaboré trois méthodes originales pour diagnostiquer le présent, qui annoncent les grandes orientations que prendra ensuite la réflexion critique : l´ontologie sociale des formes de vie, l´herméneutique des phénomènes caractéristiques du présent, comme la monétarisation ou l´urbanisation, et la généalogie historique des puissances sociales qui dominent la modernité.
    De ce fait, ils se rattachent moins à la « sociologie » telle qu´elle se pratique aujourd´hui qu´au diagnostic historique qui travaille toute une partie de la pensée moderne, de Nietzsche à Foucault en passant par la Théorie critique. À bien des égards, ils reprennent la critique nietzschéenne des « derniers hommes », les nihilistes de l´âge moderne, mais sur la base d´une analyse des forces socioéconomiques et socioculturelles qui façonnent notre humanité. Dans la mesure où ces forces sont toujours à l´oeuvre aujourd´hui, l´analyse de leurs idées permettra de mieux saisir les tendances de fond de notre monde, et celle de leurs méthodes de mieux s´y prendre pour en discerner les nouveaux enjeux.

  • La souffrance sociale est bien un objet susceptible d'être défini rigoureusement, et non pas seulement un slogan polémique que le sérieux scientifique conduit à rejeter. La connaître et la comprendre est le premier outil pour agir et revendiquer.
    La question de la souffrance est d'une actualité politique paradoxale. Si nos responsables politiques ne cessent de parler de la " souffrance des gens " ou de la " France qui souffre ", on continue de toutes parts à contester que le terme de souffrance puisse désigner de véritables problèmes sociaux, et faire l'objet d'un usage politique pertinent. Certains dénoncent dans la problématique de la souffrance la vision d'individus réduits à des victimes impuissantes. D'autres dénoncent le paternalisme d'un Etat qui prétendrait s'occuper du bonheur des individus. D'autres encore y voient une nouvelle figure du biopouvoir et une psychologisation, voire une médicalisation du social. Enfin, nombreux sont ceux pour qui la problématique de la souffrance fait écran à la perception juste du poids des structures de la domination et de l'exploitation À travers un examen critique des modèles théoriques par lesquels la sociologie et la psychologie, mais aussi l'économie politique, la médecine sociale et l'anthropologie médicale, ont tenté de décrire la souffrance, Emmanuel Renault montre que la souffrance sociale est un objet susceptible d'être défini rigoureusement. À l'époque du capitalisme néolibéral, une conception générale de la souffrance permet ainsi d'éclairer un certain nombre de débats théoriques brûlants (en psychologie et en sociologie du travail et de l'exclusion notamment) tout en contribuant à une relance de la critique adaptée à la forme actuelle de la question sociale. Décrire la souffrance vécue, la constituer en objet de récit et de connaissance contribue à sortir des pans entiers de la société de l'invisibilisation, à rendre aux individus une capacité de revendiquer et d'agir collectivement pour transformer les conditions de leur existence.

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