Joëlle Losfeld

  • 31 décembre 1962. Rollie Fletcher et Will Drake, agents de police corrompus au flair de chien de chasse, se lancent aux trousses de l'assassin d'un Marine. Au fur et à mesure de leur progression, émaillée de guerre du Viêtnam, d'assassinat de Kennedy, de Dexamyl et d'alcool, les protagonistes découvrent une affaire d'État qui ne les laisse pas indemnes. L'enquête devient pour eux quasiment métaphysique, une partie indissociable de leur être qui les pousse à chercher, revenir, passer par les portes dérobées, qui les hante et les obsède.Magnifiquement cru dans sa langue ponctuée de citations latines et bibliques et d'allusions cinématographiques, Richard Morgiève dresse le tableau des bas-fonds d'une frontière qui cristallise les tensions entre Mexique et États-Unis. Un roman hypnotisant et parfaitement maîtrisé, de bout en bout.

  • Bastia, 1954 : Joseph, un garçon de douze ans, pense devenir fou quand des voix s'invitent dans sa tête... C'est le début d'un jeu de piste avec certains objets qui lui parlent et l'attirent. Secondé par Mammò, l'arrière-grand-mère sage et révérée qui prend son don comme une malédiction, Joseph se plonge corps et âme dans la résolution des mystères familiaux par l'entremise d'un anneau perdu, d'une vieille photo oubliée ou d'un disque remisé dans un grenier.

    Différents narrateurs, à différentes époques, prennent en charge le récit et éclairent l'histoire d'un jour nouveau. Les thèmes du roman sont multiples. Le don et la distance qu'il implique quand il vient toucher un enfant au hasard. L'amour bien sûr, et la force des femmes. Mères, soeurs, amantes, elles s'affirment au fur et à mesure comme les véritables héroïnes du roman. Des femmes fortes, aux histoires singulières, qui s'agrègent pour n'en faire qu'une. La véritable trame du livre. Parmi ces femmes, il y a Mammò. Mammò, qui a un secret. Joseph, pour le découvrir, devra arpenter des rues où plane encore l'ombre des deux guerres.

  • Édimbourg, 1768 : Walter Grassie naît dans une famille de bourgeois écossais qui le destine à devenir avocat. Lors de son Grand Tour, il assiste à la Révolution française, qu'il ne voit pas d'un très bon oeil, puis continue par l'Italie, à Venise, où il découvre l'absinthe et les cabinets de curiosités les plus divers, l'opium et la franc-maçonnerie. De retour en Écosse, il rencontre l'amour : Fiona, qu'il épouse et promet de toujours aimer...
    Ce roman questionne l'inscription de l'histoire individuelle dans l'Histoire. Il souligne la rencontre de l'ordinaire et de l'historique, questionne la nature du monde et celle du réel, la place de l'homme en leur sein : voilà ce que sont les grands et les petits événements, l'Histoire et la vie de chacun.

  • Mado et Virginie se retrouvent après quatre années de séparation. Commence alors une phase de séduction suivie de gestes sensuels, qui s'apparente à un jeu frivole et enfantin engagé par une Mado devenue plus provocante et plus libre. Mais peu à peu cette légèreté cédera la place à la convoitise amoureuse. Virginie, moins délurée que son amie, se laisse abuser par les apparences.
    Une histoire sombre et lumineuse entre deux jeunes filles qui, adolescentes encore, vont découvrir ce qui irrigue la passion : le plaisir, l'envie et la frustration.

  • Après une longue séparation, un père et sa fille se retrouvent pour emprunter la route du blues entre Memphis et La Nouvelle-Orléans en espérant renouer des relations jusqu'alors chaotiques. S'ils découvrent peu à peu l'envers du décor d'une musique devenue folklore pour touristes, ils apprennent la vérité vraie sur la mort énigmatique de Robert Johnson, figure tutélaire de la musique bleue. Mais le voyage est surtout l'occasion pour le père de s'interroger sur ses crises de migraine, ce douloureux symptôme d'aucune maladie formellement identifiée qui conduit les victimes à entretenir avec le monde un rapport d'observateur misanthrope. Difficile dans de telles conditions de se livrer à des confidences.

  • Quelque part en France, deux femmes qui ne se connaissent pas vont se rencontrer le temps d'une nuit. Ensemble, elles vont lutter pour résister à l'assaut d'un commando terroriste. La première endure depuis plusieurs mois le deuil de la plus jeune de ses filles. Elle raconte la douleur, les nuits sans sommeil et les mille gestes du quotidien. La seconde est une tireuse d'élite chargée d'éliminer des criminels de guerre. Entrée dans les services secrets en 1981, elle raconte la fièvre et l'enthousiasme des premiers jours de l'alternance politique puis la lente et cruelle perte des idéaux de sa jeunesse. Sa mission la ramène sur les terres de son enfance à la poursuite de l'auteur d'un attentat.

    Dans ce roman, Denis Soula poursuit le travail entrepris avec Mektoub et Les frangines. Il continue d'écouter des femmes raconter comment elles ont grandi, aimé, souffert, tenu bon et comment elles survivent au chagrin et au malheur sans s'abandonner au désespoir. Une fois l'obscurité dissipée, c'est un livre empreint d'un grand optimisme.

  • Kate, jeune fille de dix-neuf ans, vit un drame : la mort brutale de son amoureux dans un attentat. Tout pourrait s'arrêter là. Mais ce serait sans compter sa mère, les gens qui l'entourent et la manière dont ce drame résonne en eux, dont ils s'en emparent, dont ils décident que ce sera le leur - et le transforment en traumatisme.
    Voici des personnages qui sont comme des poupées russes : chaque membre de la famille de Kate semble en cacher un autre, ou se cacher derrière un autre, les histoires des autres venant hanter la mémoire des uns.
    Le roman explore les relations qui lient une famille où il fait bon se taire. La violence rôde mais on ne la voit pas. Si la violence est ici dangereuse, c'est qu'elle passe par le banal ; voilà son déguisement, sa petite excuse, la main tendue d'une mère affirmant porter secours tandis qu'elle étouffe. Kate va suivre les fantômes qui mènent à la possibilité de vivre encore. En affrontant l'emprise de sa mère, en la mettant
    au jour, elle parvient à faire sauter un à un, cran après cran, les rouages mécaniques de la violence. Pour cela il lui faut cesser d'attendre, pour prendre le risque d'exister.

  • "De 1953 (elle a alors quarante ans) à 1960, Taos Amrouche est à une période de sa vie où des phases de bonheur et d'épanouissement amoureux alternent avec des moments de désespoir et de profonde solitude. Elle a alors le sentiment que tout se précipite, car après l'extase de sa liaison passionnée avec Jean Giono, elle est en proie à des doutes, à l'angoisse de la rupture, à la douleur de la disparition et la perte d'êtres chers. Taos Amrouche est à un moment charnière de sa vie, qu'elle ressent elle-même comme particulièrement important, et l'écriture de son journal va agir tel un exutoire, lui permettant de se raconter, de se comprendre et d'essayer de comprendre également le comportement et la psychologie de personnes appréciées et aimées, ou exécrées, qui l'ont accompagnée à différents moments de sa vie."

    Yamina Mokaddem.

  • C'est un hymne aux hommes perdus des années 1950 et 1960, de ceux qui ressemblent à Lino Ventura ou à Gabin, des petits gangsters qui roulent des mécaniques et qui n'ont pas toujours le courage d'affronter la réalité. Ils aiment les femmes et les femmes le leur rendent bien car, au-delà de leur carapace, ils sont émouvants. Parfois cruels. C'est surtout l'histoire de Mietek, un individu en déshérence, amoureux d'une femme qui ne peut pas l'aimer. Mietek ne s'en sort pas, s'enlise dans des histoires dont le dénouement risque d'entraver sa liberté.
    "Depuis pas mal de temps, je me disais que c'était fini les hommes, que c'était vraiment une espèce en voie de disparition - ce qu'on appelait les hommes, c'était les derniers singes, quoi. J'ai écrit une cinquantaine de pages - et ils sont venus les hommes de ma jeunesse et ma jeunesse avec. Mais dans toutes les histoires d'hommes, il y a une fille, et même il faut une fille - sans fille, pas d'homme. Et l'autre raison du livre m'est apparue, c'était elle - ma fille, Cora. C'était pas une histoire d'homme que je voulais écrire, pas exactement, c'était une histoire de père et de fille."
    Richard Morgiève.

  • Cécile est toujours en mouvement. Quand elle ne parcourt pas Paris en métro pour passer la soirée dans des bars ou pour rentrer chez elle de l'autre côté du périphérique, elle est en maraude nocturne avec le Samu social. Son travail est une réelle vocation. Elle s'occupe, souvent à leur corps défendant, d'une population de SDF, de démunis, de gens qui vivent en marge et s'aventure dans les recoins de Paris qui sont les leurs.

    Cette vie entièrement dédiée aux déshérités finit par lui peser : pas de temps pour se consacrer à ses passions, pas de temps pour vivre une histoire d'amour. Alors elle décide de changer d'association et de s'occuper des "biffins", ces vendeurs en tout genre qui étalent leurs marchandises aux franges des puces de Saint-Ouen. Cette reconversion qui devait lui offrir une vie plus calme et plus sédentaire est pourtant obscurcie par le meurtre d'un SDF que Cécile ne parvient pas à ignorer, elle qui a pourtant souvent croisé la mort dans son travail contre le froid et la nuit.

    Grâce à un langage vigoureux, juste et sans détails superflus, Les biffins se lit comme un roman, mais aussi comme un document d'un réalisme qui jamais ne déshumanise ni ne tombe dans le misérabilisme.

  • Dans un futur anticipé, Alice Weiss, une jeune auteure qui a connu un certain succès lors de la parution de son premier roman, est en voyage vers la presqu'île de Pondara dans l'espoir de raviver sa créativité. À son arrivée à l'aéroport, pour éviter la compagnie d'un voyageur collant, elle prétend être Celia Black, une auteure de best-sellers, sachant que la supercherie ne durera que le temps d'échapper à cet intrus. Mais arrivée à la villa de Celia Black, elle est accueillie comme si elle était réellement l'écrivain...

    En parallèle, une femme est retrouvée sur la jetée, apparemment noyée. Ce prétendu accident intrigue Fritz Kobus, l'lntervenant-chef de la brigade de Pondara, qui a déjà des doutes sur la véritable identité de la personne installée dans la villa de Celia Black.

    Sur cette Riviera réinventée, l'auteure arrive à créer un univers étonnant, plein de mystère et de duplicité, qui propose à l'éternelle question "qui suis-je ?" une réponse qui n'est pas toujours rassurante. Sans être un roman de genre mais tout en lui empruntant ses codes, Roman noir nous offre une belle digression sur la légitimité, l'imposture et la création.

  • Un premier regard échangé derrière une haie, un premier baiser volé parmi les fleurs d'une clairière, une première étreinte maladroite dans un lit trop petit. Dans un recueil de nouvelles porté par une langue précise et évocatrice, Marc Villemain met en scène la naissance du sentiment amoureux, l'hésitation initiale de jeunes gens qui, en découvrant l'autre, se révèlent à eux-mêmes. Les détails - un morceau de chocolat pour le goûter, une chanson dans une salle de fête communale, une balade à vélo sous le soleil d'été, la sensualité d'un sein aperçu - nous emportent dans un voyage tendre et bienveillant, brutal parfois, celui d'un homme qui explore les vertiges et vestiges de ses amours passées.

    On pense à Dominique Mainard, à son art d'aborder avec délicatesse les sujets les plus intimes, passant de la noirceur à la légèreté avec une élégance infinie.

  • 1960 : André Leguidel est un jeune officier promis, en raison de sa formation linguistique, à un travail peu excitant en Allemagne dans les bureaux du renseignement militaire. Contre toute attente, il se voit envoyé en Algérie en tant que simple soldat pour confirmer la fidélité à la France du chef de section de son commando de chasse, Mohamed Guellab. Ce dernier, d'origine musulmane, est en effet suspecté d'avoir tué l'officier français qui l'avait remplacé et d'être en passe de rejoindre les rebelles avec sa section et ses armes. C'est donc comme espion déguisé en radio qu'André Leguidel part au combat, sans trop savoir où il met les pieds. Il se retrouve sous les ordres d'un homme qui se révèle un guerrier infatigable, doué d'une autorité naturelle, admiré de ses hommes mais inspirant de la défiance à ses supérieurs. La traque engagée par l'armée française d'un détachement du FLN à travers le djebel se trouve ainsi doublée d'une enquête qui expose les enjeux politiques de la guerre.
    La guerre du Vietnam a inspiré des films comme Platoon, Apocalypse Now et Full Metal Jacket. François Muratet propose pour sa part un texte aussi haletant que bien documenté sur la guerre d'Algérie, en mettant l'accent sur ce qu'elle a réellement été : une guerre civile dans laquelle les concepts de défaite et de victoire finissent par perdre leur sens.

  • John Lofty Oakes est un enfant hors du commun. Desservi par une minuscule taille, ce Tom Pouce possède le don de pleurer des larmes d'or. Devenu l'objet de toutes les convoitises pour la fortune qui coule de ses yeux, il comprend vite que le talent dont l'a gratifié la nature est une malédiction. C'est en compagnie de Bartholomé qu'il va s'embarquer pour un voyage extraordinaire qui le conduira de Guildford, en Australie-Occidentale où il a vu le jour, jusqu'aux îles Fidji, de Fidji à Panaji, sur la côte ouest de l'Inde, avant de retrouver enfin sa terre natale après un séjour sur d'étranges planètes. Sur le mode du conte philosophique et de l'épopée, le roman retrace la quête héroïque d'un homme que n'épargne pas le doute. John Lofty Oakes s'inscrit dans la lignée de ces personnages fantasques, naïfs et généreux dont on aimerait penser qu'ils ne sont pas seulement le fruit de l'imagination.

  • Un homme convoque jour après jour les souvenirs d'une enfance douloureuse et la revisite, avec force et parfois humour, entre les événements qui ont marqué son entrée dans le monde des adultes : mort de sa mère, violence de son père et existence morose chez ses grands-parents, rythmée par les saisons et les gestes du quotidien. Court et intense, Autour de moi est la première oeuvre de Manuel Candré. La voix particulière et la colère qui émane du personnage central offrent aux mots une vibration unique. L'auteur donne une dimension épique et toutefois réaliste au monde de l'enfance dans toute sa cruauté et sa fantaisie. 'Mon Dieu, je suis un meurtrier de poule. Quand on arrive sur les lieux du crime, la poule s'est remise sur ses pattes et elle titube. Ses yeux sont encore voilés. Ma grand-mère la prend dans ses bras et la caresse un moment. Cette fois-ci, j'ai eu chaud, j'échappe à un invraisemblable sentiment de culpabilité. Ma grand-mère me dit tu vois, elle va bien. La poule et elle me regardent, de biais. Elle la pose à terre. La poule vacille. Moi, je regarde mes pieds puis la poule qui s'éloigne, encore saoule.'

  • Lise Benincà a passé plusieurs mois au sein d'Emmaüs Défi, rue Riquet à Paris. Elle a eu l'envie de donner voix à ces objets patinés, dépareillés, parfois ébréchés mais toujours singuliers, qui sont passés de main en main avant d'arriver chez Emmaüs, cette association, créée par l'abbé Pierre, qui les revend à des prix modiques.
    Puis la présence des hommes et des femmes, salariés en réinsertion professionnelle chez Emmaüs, aux parcours chaotiques, eux-mêmes en transit, eux-mêmes patinés par la vie, s'est imposée entre les lignes qu'elle écrivait autour des objets - fragiles échos d'existences passées et inconnues. Alors elle s'est mise à parler d'eux, aussi. De leurs trajectoires, de leurs espoirs, de leur détresse et de leur volonté. Ils sont ainsi devenus les personnages émouvants d'un récit qui retrace, à travers le prisme des choses, l'ambiance et la dynamique émanant de ce lieu étonnant, le métier de ceux que l'on appelle les "travailleurs sociaux", ainsi que la multitude des situations qui peuvent conduire à la rue.
    C'est au pouvoir des mots et de la mémoire que l'auteur réfléchit, citant Perec et Giono, et plus généralement à celui des livres, "prêts à tout pour aider le monde à tenir debout".

  • Le titre emprunte pour ce roman d'aventures le chiffre 4, le nombre des mousquetaires. Mais à la différence des héros d'Alexandre Dumas, ceux que met en scène Alice Massat n'en sortiront pas tout à fait indemnes... Éborgnés, donc, de manière énigmatique, avec parfois quelques indices, comme une étrange signature : des mouches.
    Nous sommes au XXIe siècle, une jeune fille arrive à Paris afin d'intégrer l'équipe d'un journal. Elle est belle et mystérieuse, elle s'appelle Lune. Le malheur semble rôder autour d'elle et de ceux qui l'approchent : en seront victimes un architecte, un diététicien renommé, un auteur, un universitaire spécialiste de l'image, tous les quatre condamnés aux ténébres. Ces atteintes aux yeux dénoncent-elles l'aveuglement et l'imposture des mutilés?
    Après ces événements, Lune fuit le pays pour une autre contrée, où on l'imaginera poursuivre son oeuvre de justicière contre ceux qui jouent de faux-semblants et incarnent de fausses valeurs.
    Voici un livre de pur divertissement, une sorte de conte cruel qui, comme le genre le veut, contient une vraie réflexion sur notre société.

  • L'inauguration des ruines retrace le parcours, sur quatre générations, d'une famille d'industriels, dont le destin est intimement lié à celui de la ville qu'ils habitent et qu'ils façonnent, jusqu'au point de faire littéralement corps avec elle. C'est aussi un roman qui a envie de roman : si la structure générale est celle d'un 'roman de dynastie', le texte multiplie sur cette base les récits, les personnages, les aventures, les épisodes, les narrations, en mêlant l'amour, l'économie, les fantasmes, l'architecture, l'Histoire, la politique, la poésie, les chansons...

  • Assise sur une chaise en formica du ciné-club de la Maison des jeunes, Anne, quinze ans, a une véritable révélation, un soir de 1964, en voyant Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg, les deux cinglés magnifiques d'À bout de souffle, s'aimer, jouer et en finir. Touchée par la grâce, elle va se libérer du carcan lyonnais routinier où, seule entre ses parents paysans exilés à la ville et mangés par le travail, elle périt d'ennui.
    Ses deux "plus que soeurs", Marie, l'intello politisée, et Brigitte, la sulfureuse comédienne au regard violet, communient avec elle dans le culte de JLG, le seul auquel elles croient. Toutes trois "ne veulent pas que du pain, elles veulent toute la boulangerie". Elles l'auront. Le succès, les hommes, les voyages. Les mariages, les enfants. Et les malheurs.
    D'une écriture charnelle et acidulée, ce touchant hommage à l'amitié nous emporte tambour battant, avec gravité et légèreté, en noir et blanc et en couleurs, de 1964 à 2014.

  • "Parfois, quand je le regarde, j'essaie de comprendre ce qui m'attache à lui, la nature de ce sentiment, sa texture et sa couleur, le pourquoi et le comment de cette chose qui m'est arrivée un jour et qui ne finit pas de m'étonner, dont je me plains de temps à autre et contre laquelle il m'arrive de lutter, et puis je me lasse de chercher et d'essayer de comprendre et je me contente de le regarder. Quand je lui en parle, il me dit qu'il ne se pose jamais ce genre de questions, qu'il se contente de constater ce qui lui arrive et de l'accepter."

    Une femme regarde l'homme qu'elle aime et observe les attitudes, les expressions, les malentendus, les détails de la vie commune qui viennent parfois perturber les folles passions... Autant de situations qui renvoient dos à dos hommes et femmes dans cette périlleuse entreprise qu'est la vie en couple.

  • Je m'appelle Marie et je suis une traînée. J'aime mon père. Pour son deuxième roman, Cyril Bedel aborde un thème difficile : l'inceste. Il y dépeint avec minutie et intelligence cette lutte terrible entre haine et désir, honte et plaisir, dégoût et jouissance. Marie essaiera pourtant de sortir de cette relation qui l'horrifie, qu'elle ne peut contenir. Dans une syntaxe si simple qu'elle paraît parfois dure, cette histoire nous raconte l'amour trouble d'une jeune femme pour son père et ses tentatives de s'y soustraire, jusqu'aux limites les plus extrêmes. Avec ce roman au féminin sur la répulsion et l'attirance, Cyril Bedel nous offre un nouvel aspect de son écriture hors des conventions, franche et entière.

  • Walter est un jeune garçon solitaire et taciturne. À dix ans, il a déjà dévalisé la bibliothèque municipale. Quand il n'est pas flanqué de ses deux nigauds d'amis Josselin et Ferréol, il s'absorbe dans l'écriture d'une pièce de théâtre dont il énumère les personnages hauts en couleur, mais qui ne dépassera jamais la scène 1. Adolescent, c'est dans la rédaction d'aphorismes humoristiques et maladroits qu'il épanche son amour pour la belle Sacha. Hélas, elle lui en préfère un autre. Wlater se lance alors dans l'écriture d'une correspondance amoureuse entre Josselin et Ferréol, tandis que ces deux-là batifolent dans les prés à l'insu de leurs mères. Mais la réalité s'invite dans l'univers de Walter sous la forme de Samantha, une jeune fille délurée qui déniaise Walter. Apprendra-t-il à vivre sa vie au lieu de l'écrire? Vous le saurez en lisant la suite des (més)aventures de Walter, Samantha, Josselin et Ferréol...
    Un récit d'initiation pris à contre-pied, avec beaucoup d'humour et de fantaisie.

  • "Ce quatuor arrêté dans une rue de New York, parmi la ruine de l'avenue C, la brise sale et chaude venue de l'East River soufflant sur nos jambes nues - depuis combien d'années ne l'avais-je pas convoqué ?"

    Jours lointains des années 80, bruyantes fiestas dans les immeubles brûlés, cris des dealers, musique portoricaine, rires des petits Blancs, futurs artistes, futurs losers. Alphabet City n'est pas encore l'East Village.

    Parmi eux, deux filles venues d'Europe qui courent la ville en baskets et santiags, et deux hommes cravatés serré, venus trente ans plus tôt d'une Angleterre disparue...

    Ces oncles d'adoption, les filles vont les accompagner au bout de leur histoire - y perdant la jeunesse, y gagnant l'âge adulte.

  • Après avoir abrité trois générations d'une famille désormais éclatée, la maison de famille des Manin est à vendre. Elle ne contient plus qu'un lot de vieilles photos et d'objets épars dont personne ne se soucie. On ne lui rend plus visite. Elle attend ses nouveaux propriétaires. Au fond, comme toutes les maisons, elle cherche la compagnie des hommes. Aussi, quand Hector, un metteur en scène peu bavard, arrive avec à sa suite sept comédiens déterminés à la transformer en théâtre, la maison se voit déjà en haut de l'affiche. D'abord irritée par la présence d'Isis, une nouvelle recrue d'Hector, la maison va peu à peu se faire apprivoiser par cette comédienne au parcours chaotique, et composer avec le reste de la troupe une pièce unique dont elle sera bien plus que le décor... Ce deuxième roman très maîtrisé de Camille Bordas poursuit l'exploration de ces moments de latence qui ponctuent chaque vie, ceux où affleurent les doutes et d'où émerge le changement. Ils sont ici envisagés avec humour et détachement, dans une langue rythmée qui met en scène de sacrés caractères.

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