Pierre Péju

  • La petite Chartreuse

    Pierre Péju

    Pour Vollard, Éva devenait la petite Chartreuse. Silencieuse sans en avoir fait le voeu. La très pâle moniale. L'enfant cloîtrée. L'enfant privée de voix et de joie, privée d'enfance. Mais au fil de ces errances dans la Chartreuse, bizarrement, ce n'était pas le poids écrasant et absurde de l'accident que Vollard ressentait en compagnie de la petite fille, mais un inexplicable allègement, un soulagement, un apaisement dû à ce rituel de marche lente, de silence, de contemplation de choses infimes. Comment un si petit être, émettant si peu de signes, pouvait-il lui donner cette impression de discret équilibre, de nécessité fragile mais heureuse ? Le sentiment confus que tout pouvait se résumer à ce va-et-vient entre la librairie et l'hôpital s'intensifiait encore en passant, Éva à ses côtés, du centre spécialisé à la nature sauvage.

  • L'oeil de la nuit

    Pierre Péju

    Tout au long de sa vie, Horace W. Frink fut un Américain intranquille.
    Enfant abandonné, étudiant tourmenté, il se fait psychanalyste, à New York, et pionnier de cette troublante méthode, au moment du voyage de Sigmund Freud dans le Nouveau Monde, en 1909, en compagnie de Jung et Ferenczi.
    Thérapeute perplexe, mari et père immature, Frink devient bientôt l'amant d'une de ses patientes, la milliardaire et fantasque Angelica Bijur, qui lui fait découvrir la vie des "heureux du monde", au début des années folles. S'ensuivent tourments, déchirures et voyages à travers l'Amérique et l'Europe. Frink traversera deux fois l'Atlantique pour aller à Vienne, s'allonger sur le divan de Freud. De drames amoureux en aventures intellectuelles, "incapable de fermer l'oeil de la nuit", il ne trouvera jamais la clef de l'énigme qu'il est pour lui-même.
    Car l'oeil de la nuit n'est pas l'inconscient mais la vision nocturne, l'effroyable lucidité des insomniaques, la conscience des fêlures. Ce roman est très librement inspiré de ce qu'on peut aujourd'hui savoir de Horace Frink, né en 1883 et mort en 1936 dans un oubli complet.

  • Enfance obscure

    Pierre Péju

    "L'Enfantin se tient dans une ritournelle, un jeu de lumières et d'ombres, bref, des perceptions fantômes, en vrac, qui remontent à "quand j'étais petit" : elles dormaient dans ma chair mentale, et voilà qu'elles s'éveillent, intactes, toujours vivaces. Il peut se cacher dans une image, à l'arrière-plan d'une peinture, flotter sur un air de musique. Il ne se livre que par petites touches sensibles."

    Pierre Péju s'interroge sur la notion d'"Enfantin". Il nous dévoile les liens étroits que ce concept entretient avec la création, la littérature, la philosophie, l'histoire et la psychanalyse.

    Un texte passionnant sur l'enfant que nous fûmes et que nous ne cessons d'être.

    Prix des Écrivains du Sud 2012

  • Le rire de l'ogre

    Pierre Péju

    Au début des années soixante, dans la forêt qui entoure une petite ville de Bavière faussement paisible, a lieu un drame effroyable que le secret et le silence recouvrent bien vite.
    Paul Marleau est un adolescent français qui séjourne en Allemagne chez un correspondant. Il fait la connaissance de Clara, fille d'un ancien médecin de la Wehrmacht. Enfants de la paix, ils comprennent que des «fêlures de guerre» se propagent dans la douceur apparente de leur époque. Guerres que l'on croit finies, ou guerres actuelles jamais très lointaines.
    Mais les années passent. Clara devient photographe et Paul sculpteur. Ils s'attirent autant qu'ils se fuient et leurs chemins ne cessent de se croiser puis de se séparer. D'autres personnages bouleversent leurs existences : Max Kunz, professeur de philosophie et ancien soldat d'Algérie, Philibert Dodds, artiste solitaire qui vit dans le Vercors, ou Jeanne, la jeune sage-femme pleine d'énergie.
    Roman de guerre, roman d'amour, méditation sur le mal, sur l'art et le bonheur, Le rire de l'ogre est l'histoire de toutes ces vies confrontées à l'ambiguïté et à la brutalité du siècle.

  • Naissances

    Pierre Péju

    Ce livre tente de dire la «venue au monde», le banal miracle de chaque naissance. Car la naissance est comme le trépas, le passage invisible dont nous ne savons pas, ne pouvons pas parler.
    Trois naissances singulières sont ici relatées.
    La première est terrible : dans un camp de prisonnières, une femme accouche dans des conditions atroces sous l'oeil de soudards excités. Mais soudain, les hommes se figent : l'enfant est là, et sa fragilité, incroyablement, leur en impose.
    Si la deuxième naissance est tragique, la troisième, enfin, est heureuse : le nouveau-né surgit «dans les mains de l'ange». Il a la perfection de toutes les vies nouvelles. Ses grands yeux s'ouvrent comme une énigme.
    Mais Naissances est aussi parole masculine, celle qui évoque le «regard du père», ce regard ambigu que l'homme porte sur celle qui met au monde. Intrigué par ce que vit la femme et qu'il ne vivra jamais, fasciné par l'être inimaginable dont il devra admettre qu'il est le père, l'homme ne peut que se tenir dans une marge étrange lorsque s'annonce le nouveau, lorsque l'enfant paraît. L'homme, voué à ne mettre au monde que des choses, ou, au mieux, des livres dont il ne sait jamais s'ils sont morts ou vifs.

  • Persuadé d'être «passé à côté de sa propre histoire» Marc Travenne décide de quitter sa vie agitée de designer et homme d'affaires pour s'en aller au hasard des routes. Il se retire dans un gîte perdu sur un plateau de l'Ardèche battu par les vents. Bientôt, une étrange randonneuse vient troubler sa solitude. Elle marche depuis des jours le long de ce que les géographes appellent la "Diagonale du vide", cette étroite bande de territoire partageant la France des Landes aux Ardennes, à la densité de population faible et aux zones sauvages nombreuses. Travenne va se lancer à la poursuite de cette femme qui aura le temps de lui livrer une part de ses secrets avant d'être enlevée sous ses yeux. De rencontres en révélations, il va voir sa vie s'emballer en découvrant que la diagonale des solitudes passe aussi par New York, Paris, et l'Afghanistan.

  • L'état du ciel

    Pierre Péju

    "Au ciel tout va mal, Dieu se détourne de sa création. Les Anges sont livrés à eux-mêmes. Seul Raphaël, sans mission ni message, médite encore un modeste miracle. Depuis son balcon il se penche au-dessus du monde. Le ciel s'ouvre. Le hasard fait - mais est-ce le hasard? - que là-bas, tout en bas, dans une maison construite à flanc de montagne, surplombant un lac dont les reflets font paraître le ciel plus beau, il aperçoit une femme endormie. Nora est allongée en travers du lit défait, paupières closes, encore absente au monde, la chemise de nuit remontée au-dessus de la taille, les seins évadés du coton blanc. Un premier rayon de soleil vient glisser sur sa chair, gainer lentement ses jambes, caresser ses cuisses, chauffer son ventre. Le matin le plus ordinaire est aussi l'origine du monde. Quand la lumière atteint son visage, plaquant sur ses yeux une lame chauffée au rouge, Nora fait un bond hors du lit. Debout au milieu de la chambre, elle vacille. Ses pieds nus collent au carrelage tandis que la chemise retombe autour de son corps luisant de sueur. Son coeur cogne, comme d'habitude, à la seule idée de devoir affronter le jour."

  • "Je ne crois pas qu'il soit possible d'écrire des livres... vraiment nouveaux. Un livre, ça se copie, ça se recopie, mais ça ne s'invente pas. Il n'existe que très peu de livres. Ou bien un seul. Pas même un livre... Ne rien créer : reprendre... Songez-y, pendant qu'il est encore temps." Pierre Péju, à travers trois nouvelles subtiles, nous propose une réflexion pleine de finesse et d'humour sur l'écrivain et ses personnages.

  • Coeur de pierre

    Pierre Péju

    Leïla, une lycéenne ardente et audacieuse, troublée par un cours de philosophie sur les âmes et les sorts, décide de tout quitter, famille, études, banlieue, pour partir sur les routes.
    Schulz, un homme errant, au bout du rouleau, entraîne la jeune fille dans une fatale randonnée. Il y a aussi Ellen, belle Irlandaise, Juliette, comédienne en quête d'un rôle, Mahler, psychanalyste détraqué, et Larsen, le romancier aux prises avec l'une de ses créatures...
    Qui manipule ces personnages?
    Seule Mémé la Noire, la 'femme oracle', connaît le secret des destins croisés.
    Roman captivant, Coeur de pierre est aussi un récit ironique et métaphysique, qui parle de la fatalité, de l'incertitude des relations entre les hommes et des pouvoirs de l'écriture.

  • Reconnaissance

    Pierre Péju

    "Un soir, dans un refuge de haute montagne, un mystérieux randonneur m'a fait don d'un bloc transparent qu'il prétendait être le "Cristal du Temps". Plus tard, au lieu de me remettre à la rédaction de mon roman, j'y ai plongé les yeux. Des moments de ma vie ont surgi en désordre : scènes banales ou incongrues, êtres perdus de vue, anecdotes auxquelles je n'aurais jamais repensé, comme la mise à mort d'un lapin, la folie d'une jeune plasticienne russe, un amnésique oublié, la femme qui voulait devenir un ange, les singes dans les ruines d'un temple khmer, les gosses cruels des rues du Caire... Fasciné, j'étais contraint de reconnaître - comme un homme admet être le père d'un enfant - que ces aventures invraisemblables, ces rencontres sans lendemain, étaient bien miennes. Le cristal m'en restituait chaque détail. Impitoyable, il m'infligeait aussi le souvenir de mes propres rêves et quelques images de mon avenir. Cette "vie réelle", j'ai voulu l'écrire. Ce vaste désordre s'est transmué en récits, histoires étranges et fragments romanesques. Explorateur en territoire dangereux, je racontais. Immense était ma reconnaissance envers le monde, sa variété, sa douleur et son énigme." Pierre Péju.

  • On peut se faire doubler par ses doubles. C'est le cas d'E.T.A. Hoffmann, l'auteur si singulier de Casse-Noisette ou de L'Homme au sable, dont les personnages ont déteint sur la vie. Romantique tardif, il a composé ses contes fantastiques comme une échappatoire à un sentiment d'échec et d'inadéquation. Jusqu'à devenir, pour Sigmund Freud, « le maître inégalé de l'inquiétante étrangeté en littérature ».
    Il manquait un biographe inspiré à ce créateur fou de musique et de vin. Spécialiste du romantisme allemand, le romancier Pierre Péju nous raconte la drôle de danse de l'écrivain avec ses fantasmes et ses manques. Il en fait l'un des précurseurs de notre siècle qui efface les frontières entre le réel et l'irréel.
    Lecteurs, voici le roman passionnant d'une vie passée à explorer les deux côtés du miroir. À mêler l'angoisse aux décors les plus familiers, le rire au tragique. Pour, finalement, en pied de nez à la fatalité, faire de l'échec la condition même de la réussite.

  • Chaque enfant est un bricoleur de questions qu'il confectionne avec des bribes d'intuitions et des termes qu'il expérimente sans les comprendre : "Un jour, tu vas mourir : qu'est-ce que tu feras quand tu auras fini d'être mort ?" Étonné ou inquiet, il insiste pour avoir une réponse puis passe bien vite à une autre question : "Comment on fait pour effacer un baiser?" Face au petit sphinx, l'adulte est un OEdipe perplexe, parfois dérouté. Ces questions troublantes, boiteuses mais poétiques ou innocemment métaphysiques, Pierre Péju tente de leur donner un sens, de les redresser en les accompagnant comme on soutient délicatement un enfant qui commence à marcher. Pour cela, il s'adresse à un "enfant imaginaire" qui est à la fois le petit curieux de quatre à dix ans (auquel un adulte sert de médiateur) et l'enfant qui, toujours, demeure en chacun de nous, silencieux, et hésite à formuler des questions à la fois simples et éternelles comme "Pourquoi moi je suis moi ?" Mais on sait qu'une question peut être plus précieuse que toutes les réponses, car elle témoigne de cette fameuse faculté d'étonnement, qui est à l'origine de l'esprit philosophique comme au commencement de toute pensée humaine.

  • Pour traverser les jours de notre vie nous disposons de plusieurs vitesses mentales, de la capacité nerveuse de ralentir ou d'accélérer l'aventure et ses images. "Un train fonce dans la nuit d'Europe...", une auto à vive allure s'enfonce dans la forêt, le métro aérien glisse dans le soir de Paris, des voyageurs rôdent dans Vienne en plein hiver, un bac passe lentement sur le Tage... Ce livre est moins un récit fragmenté que les facettes irréconciliables d'un regard sur la solitude, sur la nuit blanche ou très noire, sur l'amour, sur l'atteinte impossible de l'être le plus proche, sur l'errance dans les villes, sur le bonheur aussi, et sur la couleur même de l'époque, en cette fin de XXe siècle. VITESSES POUR TRAVERSER LES JOURS se veut en même temps écrit intime (rêves, aventures réelles, allusions secrètes, présences et propos vampirisés) et tentative d'établir une communication immédiate entre des personnes appartenant à une même génération de la sensibilité. Dès à présent quelques-uns pourront prélever dans ce livre des fragments qui coïncideront avec leur propre vie.

  • Pour traverser les jours de notre vie nous disposons de plusieurs vitesses mentales, de la capacité nerveuse de ralentir ou d'accélérer l'aventure et ses images. "Un train fonce dans la nuit d'Europe...", une auto à vive allure s'enfonce dans la forêt, le métro aérien glisse dans le soir de Paris, des voyageurs rôdent dans Vienne en plein hiver, un bac passe lentement sur le Tage... Ce livre est moins un récit fragmenté que les facettes irréconciliables d'un regard sur la solitude, sur la nuit blanche ou très noire, sur l'amour, sur l'atteinte impossible de l'être le plus proche, sur l'errance dans les villes, sur le bonheur aussi, et sur la couleur même de l'époque, en cette fin de XXe siècle. VITESSES POUR TRAVERSER LES JOURS se veut en même temps écrit intime (rêves, aventures réelles, allusions secrètes, présences et propos vampirisés) et tentative d'établir une communication immédiate entre des personnes appartenant à une même génération de la sensibilité. Dès à présent quelques-uns pourront prélever dans ce livre des fragments qui coïncideront avec leur propre vie.

  • Entre la part du Lion, et ses certitudes lumineuses, et la part du Diable qui voue toute chose au non-sens, il y a la part du Sphinx, cette mesure d'énigme présente en chaque existence, ce bouquet silencieux de questions qui cherchent indéfiniment leur formulation. C'est pour tenter de résoudre l'énigme qu'il est à lui-même, qu'Antoine Varèse, professeur d'histoire qui a cessé d'enseigner, accepte de suivre en Orient son ami Joseph Lange. Ombres des grands voyageurs du XIXè siècle. Lenteur et poussière. Fantôme du romanesque. Sur le paquebot, Antoine rencontre Ariane Hoffmann, une Grecque d'Alexandrie, partie à la recherche de son mari, égyptologue mystérieusement disparu. Si elle le retrouve, Ariane dit qu'elle le tuera, car une disparition, pire qu'une mort, est une menace terrible. Il y a aussi Hannah, qu'Antoine rejoindra à Jérusalem, et Marie, demeurée en Europe et qui cherche à comprendre, dans ses lettres, ce qui a poussé son compagnon à partir. Il y a surtout, principal personnage de ce roman-paysages, le voyage lui-même, réel ou rêvé, ses promesses, son ambiguïté, voyage au bout duquel chacun trouvera, selon son destin, une réponse à ses questions, la clé de sa propre énigme, ou bien de nouveaux mensonges, ou encore la mort.

  • Ces récits peuvent se lire comme autant de chapitres d'une biographie disséminée dont les fragments ne renverraient jamais à l'unité d'une personne mais à quelques fantômes venus du conte, du mythe, de la littérature populaire, ou de nulle part. Ces personnages singuliers monologuent, murmurent et marmonnent, usant et abusant du Je, pour dire leur vie, ce qu'il en reste... Qui sont-ils ? Un Barbe-Bleue moderne, qui s'enferme volontairement dans une chambre interdite que son épouse ne daignera jamais ouvrir... Un obscur professeur, fasciné par le spectacle de l'anorexie mentale... Ourffe, monstre indéterminé, éléphantesque et aérien, fuyant à travers les banlieues en quête d'un trou où achever de finir... Un Sherlock Holmes vieilli et paralytique et un Watson aveugle qui s'entre-déchirent comme un vieux couple imaginaire... Orphée, vivant sous terre dans la douceur paisible des boues, avant de monter aux enfers de la surface... Un serviteur sans âge, ne sachant pas qui il sert... Et même un Christ, buveur solitaire, qui jette sur ses exploits passés un regard désabusé. Seul, le Voyageur... En effet, le dernier récit, qui porte ce titre, reste à part : les personnages tournaient dans des chambres closes, parcouraient de sombres châteaux, rôdaient et ruminaient dans leur terrier mental, tenus par leur territoire comme des araignées par leur toile ! Mais, dans le dernier texte, celui qui parle abandonne ses personnages singuliers, au profit d'un Je sans attaches qui passe, glisse et se perd...

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